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Vendeuse aux pays des merveilles Envoyer
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Bonjour à tous
Petit changement dans l'univers de mon blog. 
Je vous invite à découvrir quelques lignes de mon livre dont l'action se situe dans les coulisses d'un outlet. La narratrice est la Responsable du magasin et sa vie professionnelle est aussi compliquée que sa vie sentimentale. 
Je ne publie pas les premières pages ni le titre : ce sera une surprise. 
J'attends bien entendu vos commentaires dithyrambiques et en attendant........  je tremble.

Première arrivée au magasin, je suis accueillie par Candie, qui m'attend comme le messie.

- Bonjour, Chic-choc, je suis là de bonne heure ce matin. Je vais mettre les affaires de côté et je viendrai payer quand j'aurai fait l'argent.

Candie,  qui s'appelle en réalité Nolutendo, est une prostituée camerounaise et accessoirement l'une de nos meilleures clientes.

Elle connaît mon prénom mais elle a décidé que Chic-choc me convenait mieux. Elle commence à entasser de la marchandise sur la caisse, même si je sais d’avance qu'elle n'en prendra pas la moitié. Depuis l'arrivée des filles de l'Est qui représente une sérieuse concurrence, Candie n'a plus la dépense aussi facile. Fut un temps ou elle pouvait nous laisser jusqu'à mille cinq cents euros par semaine.

Friande de nouveauté et avide de chair fraîche, la clientèle n'est plus autant assidue et Candie ne se fait plus toute jeune. De nombreuses grossesses ont alourdi sa silhouette et ses charmes n'opèrent plus vraiment. Elle garde néanmoins un pouvoir d'achat conséquent et je me plie à ses quatre volontés, en souvenir du bon vieux temps. Sa venue est toujours une attraction, qu'elle porte une mini-jupe criarde ou le boubou traditionnel. Elle ne passe jamais inaperçue et je me souviens l'avoir vu recruter du client en pleine séance d'achats compulsifs. Le plus drôle,  c'est quand son portable sonne. Radio Afrique entre alors en action et il doit être impossible pour son correspondant d'en placer une, tant elle hurle dans le combiné. Bien entendu, et c'est une seconde nature, elle essaie toujours de marchander les prix. J'ai ce principe en horreur, mais avec elle, ça passe. Nous jouons un petit jeu dont nous avons fixé les règles au fil des années et il ne viendrait pas l'idée à Candie de venir acheter si je ne suis pas là. Je sers sa soeur avec autant de plaisir ainsi que ses nombreuses cousines et collègues. Je suis heureuse que Candie se sente bien chez nous, je mets un point d'honneur à la valoriser,  elle a qui la vie n'a pas fait beaucoup de cadeaux. Aujourd'hui,  elle achète le même article en quatre exemplaires.

- Tu sais,  Chic-Choc, je commence déjà à faire mes valises pour mon voyage au Cameroun.


Je l'imagine sans peine débarquant au pays et provoquant une vague d'euphorie dans le village. C'est une fille généreuse, j'ai de l'admiration pour elle, même si je sais pertinemment que nos relations n'iront jamais plus loin que la porte du magasin.

Alors qu'elle s'apprête à partir, deux clientes se regardent et échangent un sourire moqueur de connivence. L'une d'elles est venue pour un échange. Je la reconnais, c'est une emmerdeuse de première. ça la défrise de voir une pute qui claque son argent au nez et à la barbe de tous. Des deux, je ne sais pas qui en fait est la plus vulgaire!

Imaginez le carton si je réussissais à gagner la clientèle de tous les prostitués black lyonnais. Un rêve que je caresse depuis plusieurs mois. J'adore leur faire l'article, sentir la convoitise dans leurs yeux et leur joie non feinte quand elles réalisent qu'elles font une bonne affaire. Ce sont les clientes idéales par excellence. Elles ne regardent pas à la dépense, ne reviennent jamais échanger (il y a toujours un membre de la famille a qui ça fera plaisir) et payent toujours en espèces.

Il faut les voir,  ces bourgeoises qui font les fières et dont les chèques reviennent faute de provision.

Un jour,  Norbert s'est risqué à me glisser qu'il ne tenait pas à ce que son magasin deviennent une annexe de Ouagadougou.

Je me suis amusée à tenir un petit cahier,  notant les dépenses de ces dames. Je l'ai fait passer à notre snobinard qui ne m'a jamais plus adressé une remarque. Il se contente de vite foutre le camp quand une prostituée entre au magasin. Il y a peut être une piste à creuser. La nuit, quand tous les chats sont gris, Norbert se transformerait il en client ?


Madame Chic-choc se situe dans le quartier d'Ainay, un îlot très particulier, en plein milieu du deuxième arrondissement.

Les plus anciennes familles lyonnaises cohabitent avec la pseudo bourgeoisie branchée et bien entendu, tout ce petit monde ne peut pas s'encadrer.  Les nouveaux riches ont souvent acheté les immenses appartements des nobles désargentés et la haine est palpable.

Des familles peuvent se croiser trois fois par jour et pendant des années sans jamais échanger le moindre mot. J'ai le privilège d'avoir la clientèle des deux bords et ils sont facilement reconnaissables. Les vieilles lignées ont des codes couleurs bien à elles. Le vert bouteille à toujours la côte et nous avons fait un malheur avec un stock de culottes courtes pour garçons. Les manteaux des gamins sont utilisés jusqu'à la corde, râpés aux coudes et passés de cousins en cousins.

Loin de moi l'idée de me moquer de familles ayant du mal à joindre les deux bouts, je ne me permettrais pas. Certains sont d'une radinerie à toute épreuve et l'idée même de dépenser pour un vêtement les fait transpirer à grosses gouttes.

J'ai une cliente qui me demande systématiquement de lui mettre de côté les affaires déclassées, dont elle se délecte pour ses enfants.

La dernière fois, j'ai presque eu honte de lui proposer un pyjama dont une des manches portait une sale trace de moisissure. Elle a trouvé le prix imbattable et cela ne lui pose aucun problème de l'offrir à sa petite fille.

Ce que je trouve indécent dans l'histoire, c'est que la cliente en question habite un hôtel particulier de plus de 300 m² et appartient à une famille de viticulteurs richissimes.

Candie, ma pute au grand cœur,  habille probablement mieux ses enfants qu'elle. Là se pose la différence.

Il y a également les friquées qui représentent le poumon économique du quartier. Elles ne regardent pas à la dépense, sont exigeantes et fières d'habiter la presqu’île. Une ou deux fois par an, elles s'en vont faire les soldes à Paris, dont elles reviennent souvent déçues.

« Lyon et le deuxième arrondissement en particulier est tellement tendance, qu'on ne devrait même pas aller voir ailleurs. » C’est ainsi que s’exprime Madame Gontard qui n’ira jamais acheter à Paris, puisqu’on ne l’y connaît pas.


Cette clientèle nous regarde de haut, nous pauvres vendeuses habitant probablement en périphérie mais est sans commune mesure avec la vieille noblesse, qui elle ne nous voie même pas, misérables vermisseaux que nous sommes.

Voici une petite anecdote qui en dit long.

J'ai un jour sympathisé avec Madeleine de Clavière, mère de cinq enfants et toujours en retard d'un pantalon pour sa progéniture.

Quelques jours après la nouvelle année, elle m'a apporté,  en mains propres, une carte de voeux aux armoiries de sa famille.


- J'habite à côté, je n'allais pas utiliser un timbre tout de même. Et puis, j'imagine qu'une personne comme vous ne doit pas être trop portée sur l'étiquette.


Et de rire de bon coeur, comme si elle en avait sortie une bien bonne.

La journée s'écoule paisiblement, pimentée tout de même par l'ouverture de quelques paquets.

Le personnel s'est cotisé pour m'offrir une paire de solaires Gucci. Extrêmement voyantes, je les trouverais sans doute affreuses si elles n'étaient pas ciglées du fameux G. Je suis une abominable snob, sensible aux logos de toutes sortes, et je n'ai pas honte de l'admettre. C'est encore Carine qui a dû y être de sa poche, je n'imagine pas Josiane ou Jean-Luc mettre la main au porte monnaie. Je suis tout de même obligée de remercier tout le monde,  et croyez bien que c'est une épreuve que de claquer la bise à certains.

Mon addiction aux marques a d'ailleurs donné une idée assez retorse aux livreurs, et ils m'ont fait une blague que je ne suis pas près d'oublier. Un matin, alors que je n'attendais aucune livraison particulièrement excitante, ils ont glissé un colis bien reconnaissable au milieu du lot. Un carton portant la mention "à ouvrir avec précaution et à mettre en rayon au prix unique de 200 euros"

Quelle ne fut pas ma surprise d'y trouver trois magnifiques sacs Vuitton. Je sautais dessus tel un rapace sur sa proie et alpaguais immédiatement les livreurs afin de passer une commande plus conséquente. Un Vuitton à  deux cents euros, une véritable aubaine. Il me fallait les trois, je ne m'imaginais même pas faire un choix. Encore un lot qui n'allait pas passer par la case client. Je jubilais quand Carine vint gentiment me demander de lui rendre le sac de sa mère, ainsi que les deux autres, issus de la collection personnelle de Sibille. Celle-ci avait bien voulu les prêter pour assurer la crédibilité de la blague. Cela ne me fit pas rire du tout et me mina le moral pour la semaine.

Il n'empêche que ce soir, je risque de déballer du cadeau, et du lourd! On n’a pas tous les jours trente ans.

Une fois n'est pas coutume, je quitte le magasin plus tôt, histoire de faire une halte chez le coiffeur. J'ai une sainte horreur de mes cheveux,  aussi crépus que ceux des Jackson 5 à la grande époque. Les plaques dé frisantes ont changé ma vie mais rien ne vaut le coup de patte du maître. Et le maestro en question, c'est Léo, un amour d'homme comme on n’en fait plus. Avec lui, toutes les femmes se sentent belles et uniques. Il cumule les clichés les plus désuets que l'on peut imaginer à propos d'un coiffeuret  pourtant, la magie opère.

Je lui ai confié des trucs que je ne dirais même pas à ma meilleure amie et c'est lui qui me brushingera (un mot que j'ai inventé) le jour de mon mariage.

D'ici là, il risque bien d'avoir pris sa retraite, c'est dire si je suis désabusée. Quand je vois toutes ces futures mariées qui viennent s'essayer au fameux chignon banane, je ne peux m'empêcher d'être affreusement jalouse. Et quand elles commencent à discuter détails de la cérémonie, j'ai carrément envie de les égorger. Je rêve de me marier en grosse meringue blanche et, vu mon tour de taille, ce sera plutôt une pavlova.  

Mais revenons à la réalité. Ces trente ans me font dérailler et j'aime à penser que j'ai encore quelques belles années devant moi.

C'est donc une Morgane défrisée à mort, faux onglées (manucurée ça fait pouffe), et presque sûre d'elle qui s'apprête à accueillir ses amis. Tout serait idéal s’il n'y avait pas ces abominables boutons, trophée du stress accumulé ces dernières semaines.

J'ai également fait l'impasse sur la tenue de mes rêves, je ne rentre pas dedans.

Suis-je la seule personne sur cette terre à posséder trois gardes- robes ?

- L'actuelle, à ma taille et restreinte au strict minimum. J'ai tellement espoir de maigrir que je n'achète quasi rien à mes mensurations effrayantes. Résultat, je suis toujours habillée pareille, c'est d'une tristesse. J'achète le plus souvent dans le catalogue de la Redoute, section femmes rondes, rien n'étant plus humiliant  que de craquer sur un modèle en boutique et entendre la vendeuse annoncer :

- Désolée, on ne l'a pas dans votre taille.

Et d'abord, comment pourrait- elle connaître ma taille ? Je suis tellement camouflée que même moi je ne m'y retrouve pas.


  Il y a également la penderie des vingt kilos en moins, qui est aussi la plus fournie. J'y entasse manteaux, jeans et tout ce que mon désir de fashonista refoulée à pu accumuler au cours des années. Il y aurait de quoi habiller trois personnes, toutes saisons confondues. Je vais bien finir par rentrer dans toutes ces merveilles. Il y a notamment un tailleur Kenzo, qui m'a coûté un mois de salaire. Je ne désespère pas de pouvoir l'étrenner un jour, celui-là. En attendant, je contemple mes possessions et me consume de balancer la penderie numéro un aux rebus.

 Dans la série :je rêve d'une autre vie, il y a la garde robe number 3. Les vêtements sont soigneusement pliés, rangés, classés par couleurs. Il s'agit d'articles originaires,  pour la plupart, des meilleurs arrivages de Chez Madame Chic Choc. Des pièces uniques mais malheureusement en taille 34 ou 36.  Les vendre à des clientes qui ne les apprécieraient sans doute  pas à leur juste valeur est au- dessus de mes forces. Je suis donc obligée de les acheter en caressant le fol espoir de pouvoir y glisser ne serait-ce qu'un bras !

A ce niveau, cela relève plus du masochisme qu'autre chose, mais c'est mon petit plaisir à moi. Ma Madeleine de Proust en quelque sorte. Combien de fois n'ai- je pas rangé ce placard idéal, une cuillère de Nutella à la main ?

Allez Morgane, la vraie beauté est intérieure, il n'y a pas à en douter.

Un coup de fil me ramène à ma triste condition d'esseulée. C'est Yaniv qui se paye une bonne déprime le soir de mon anniversaire.

Se souvient-il de l'an dernier, quand il m'avait fait tirer un feu d'artifices perso avec des fusées de détresse ? J'en pleurerai.

Il me souhaite tout de même une belle fête et d'en profiter. Je voudrais lui dire que je suis malheureuse, que j'en crève de le serrer dans mes bras, mais à quoi bon ? La partie est perdue d'avance, aucun des deux joueurs n'y croit plus.

Bravo, il aura suffi de deux minutes pour ruiner une heure de maquillage intensif.

J'accueille mes premiers invités l'oeil bouffi et la lèvre tremblante. Les gens ont dû se donner le mot et tout le monde y va de sa parole réconfortante. Mon ami Florent s'occupe de la sono en vrai pro et mon petit buffet connaît un véritable succès.  

On ouvre les fenêtres et ça chante à tue tête. Les années 80 font un sérieux come back.

Il fallait s'y attendre, les voisins du dessous débarquent et exigent que le bruit cesse immédiatement. Je me fais un plaisir de leur rappeler combien j'ai été conciliante à l'égard de leur fils et de ses nombreux dérapages. L'hiver dernier,  celui-ci a pété les plombs et sonnait dans l'immeuble jour et nuit afin de commercialiser des cailloux magiques. Il m'en a fallu des trésors de gentillesse et de patience pour en venir à bout. Le problème est que ce brave garçon n'a pas douze ans mais quarante bien sonnés. Les voisins indignes quittent les lieux sans se faire prier et me laisseront célébrer mes trente ans en paix.

Ma soeur et mes amis m'ont réservé une surprise de taille. Il n'y a pas de paquet mais une simple enveloppe à décacheter.

A l'intérieur, de quoi satisfaire l'ego de toute femme normalement constituée. Une journée prestige dans un spa Clarins à Paris.

Même le billet de train est inclus, c'est dire si le bonheur est total. Je suis sur un petit nuage, mes rituels beauté vont être en suspens, dans l'attente de ce divin moment. Vision néanmoins gâchée rien qu’à l’idée de me trimballer en maillot de bain autour du jacuzzi.

Il est près de deux heures du matin et nous nous décidons pour une petite virée en club. L'inconnu que je brûlais (à demi- feu) de rencontrer, n'est en fait qu’un immonde crapaud. La bouche en cul de poule et l'oeil vaniteux, il a regardé ma copie d'un tableau de Botero comme il s'agissait d'une merde infâme. Monsieur est un amateur d'art éclairé. Les faux,  ça le hérisse!

Vu que j'ai un problème avec les vrais cons, il y a comme un décalage.

 

 

Commentaires

avatar vanessa
+1
 
 
trop trop trop drole!!!!!!!!!!!!!!!!!
trop trop trop fort!!!!!!!!!!!!!!!!!
cool
avatar marion
0
 
 
C'est tout....... je veux la suite tout de suite!!
avatar Babeth
+1
 
 
Génial, vivement la suite, je vois que les femmes d' Ainay sont autant pouffes que celles de Foch, je compatis, bises.
avatar Babeth
0
 
 
Génial, vivement la suite, je vois que les femmes d' Ainay sont autant pouffes que celles de Foch, je compatis, bises.
avatar Nataly khamtache
0
 
 
To ne continued ! I'm expecting the next one of Chic-Choc. Nataly
avatar Burberry
+2
 
 
Génial, vivement la suite, je vois que les femmes d' Ainay sont autant pouffes que celles de Foch
avatar valentina
+3
 
 
J'attend moi aussi de continuer a lire les histoires. Il y a beaucoup de temp que je n'ais plus la possibilité de parler francais et Il me sert beaucoup lire quelque chose de compréhensible..... Merci
avatar francesco
-3
 
 
merci pour le partage. Great site! I like it
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